Autant l’Islande est remplie de lieux « bucketlist » à voir une fois dans sa vie, autant il y a des endroits plus préservés et secrets. Grímsey, ça rentre clairement la deuxième catégorie. C’est peut-être l’endroit qui m’excitait le plus de ce voyage de deux mois en Islande, et c’est aussi la première « activité » que j’ai réservé avant même de réserver mes billets de ferry.
Pour vous situer : direction le nord de l’Islande, une île de 5km sur 2 traversée par le cercle polaire arctique, habitée par environ 90 personnes et quelques milliers d’oiseaux, accessible uniquement quelques fois par semaine. Peu de touristes y vont, car ça ne fait pas partie des itinéraires « classiques », et c’est exactement ce qui rend l’île spéciale. J’ai choisi de la visiter à une période très spéciale : le solstice d’été. C’est le jour le plus long de l’année, où le soleil effleure la ligne d’horizon au moment du coucher de soleil sans jamais disparaître. L’objectif est de photographier les macareux avec une belle lumière et vivre l’expérience d’un soleil qui ne se couche pas pendant une nuit entière !
Je vous emmène avec moi 24h sur l’île de Grímsey, depuis la traversée en ferry jusqu’au retour, en passant par une nuit blanche sous le soleil de minuit.

Avant de partir : comment organiser un séjour à Grímsey
Comment rejoindre Grímsey
Vous avez deux options pour atteindre l’île :
- En ferry : le ferry Sæfari part de Dalvík trois fois par semaine, avec un départ à 9h. C’est l’option que j’ai choisi. La traversée dure 3h pour un tarif d’environ 8800ISK aller retour (61€). En été, le ferry reste sur place plusieurs heures avant de repartir, ce qui permet de faire l’aller-retour dans la journée. Pour dormir sur l’île, ce que je vous recommande chaudement pour avoir le temps de profiter, il faut réserver un hébergement. Vous devrez prendre le ferry du lendemain en fin de journée (vers 17h). À réserver ici.
- En avion : la compagnie Norlandair propose un vol Akureyri-Grímsey toute l’année, 5 fois par semaine en Juillet et Août et 3 fois par semaine (mercredi, vendredi et samedi) le reste de l’année. Le vol dure 30min et reste 1h30 sur l’île. Il coûte en moyenne 260€ aller retour et vous pouvez le réserver ici.

Où dormir à Grímsey
Sur l’île, on trouve un petit hôtel et une guesthouse près de l’aéroport. Il y a aussi un camping près de la piscine, légèrement abrité du vent. Tout se réserve à l’avance en haute saison, juste ici. Les hébergements sont basiques et fonctionnels, on vient à Grímsey pour profiter de la nature, pas pour chiller à l’hôtel.
Ce qu’il faut emporter
- Des vêtements chauds même en été (le vent sur les falaises est glacial)
- Un coupe-vent imperméable (obligatoire, j’ai celui là de chez Alpine Nation et zéro regret)
- Un téléobjectif pour les macareux et les autres oiseaux
- Un grand angle pour les paysages et les falaises
- Des jumelles
- De la nourriture et de l’eau (le magasin a des horaires et un stock assez limités)
- Une batterie externe (au cas où)
Jour 1 : la traversée depuis Dalvík
Le ferry quitte Dalvík à 9h pile et il faut être sur le quai environ 30 minutes avant. Le point de rendez-vous est assez facile à trouver, l’embarquement est plutôt tranquille. Le bateau est plutôt petit et nous sommes visiblement moins d’une trentaine à bord. La traversée prend 3 heures, ce qui laisse largement le temps d’observer le paysage depuis le pont. J’adore l’océan et la navigation, donc après la traversée en ferry pour atteindre l’Islande, c’était un bonheur de retourner à bord aussi rapidement.
Je voulais profiter de ces trois heures pour rédiger la première partie de cet article mais… J’ai dû annuler assez vite la mission car la houle était affreuse et j’ai beaucoup somnolé à la place. Énormément de passagers ont eu le mal de mer… Donc entre l’odeur de vomi et la vision des vagues, c’est vite devenu impossible de taper au clavier. J’espérais apercevoir des dauphins et baleines, je les ai vus uniquement dans mes rêves.
Les trois heures de ferry passent néanmoins à toute vitesse et l’île de Grímsey se dessine très rapidement au loin. De loin l’île donne l’impression d’être une immense prairie. Les falaises de la côte s’élèvent à 105 mètres et sont visibles depuis le large, avec, si vous regardez bien, des milliers de points noirs et blancs qui bougent. Je savais que les macareux étaient nombreux, mais pas si nombreux. Je sens que je vais me régaler !

L’arrivée sur l’île : le village et le cercle polaire
L’arrivée au port de Grímsey est vers midi. Il est minuscule, il y a quelques bateaux de pêche, un hangar, et la route qui monte vers le village. Le « village » est juste une longue rue : une piste d’atterrissage, le port, des chambres d’hôtes, un magasin, un restaurant, une bibliothèque et une piscine. 90 habitants, des oiseaux partout et surtout une tranquillité qui fait du bien.
Les passagers du ferry descendent tous et visiblement l’air frais revigore tout le monde. De mon côté, après presque 5 jours de pluie, il fait enfin beau, et voir le soleil me redonne une énergie que je croyais disparue (ou c’est peut-être les 3h de sommeil additionnelles qui me font du bien). Il est midi et le soleil est très haut dans le ciel, il fait presque chaud pour un 21 Juin. Je m’égare quelques minutes dans le « village », regarde le plan de l’île et me met en route pour aller voir les macareux. J’ai hâte !

La randonnée sur les falaises : le paradis des oiseaux
On se déplace sur l’île uniquement à pied, il faut à peu près 2h30 pour faire tout le tour complet. Il m’a fallu évidemment bien plus longtemps car je me suis arrêtée tous les deux mètres 😅
Alors que j’étais en train de marcher vers la pointe nord de l’île, j’ai vu des photographes au loin en train de s’extasier. Je me suis approchée et j’ai eu la chance de voir un macareux avec une seiche dans son bec ! C’était un vrai modèle photo, il est resté une bonne dizaine de minutes à poser.
👉 Je pensais d’ailleurs que le Nikon 70-200mm serait trop court pour pouvoir capturer les macareux, mais cette première session m’a rassurée. Il suffit de s’allonger dans l’herbe afin d’être au même niveau que les oiseaux. Parfois, le 200mm est trop proche, mais suffisant pour faire des portraits un peu serrés. La plage 70-120mm est tout à fait honorable pour capturer le paysage autour et donner du contexte aux photos.


Orbis et Globus, le passage du cercle arctique
Reboostée après cette expérience, j’ai continué plus au nord jusqu’à atteindre le monument Orbis et Globus tout au nord de l’île. C’est une sphère en béton qui marque le passage exact du cercle polaire arctique (la latitude 66°33’N). Le cercle polaire se déplace d’environ 15 mètres par an vers le nord, donc on la repositionne régulièrement. Une fois qu’on est passé au nord de cette balle géante, on est officiellement dans l’Arctique ! En tout depuis le ferry, il faut marcher 40 minutes pour l’atteindre. Tout est très bien indiqué par des panneaux. De toute manière, la boule se voit depuis très loin, et l’île n’est pas grande.

Après une courte sieste et un sandwich au point le plus au nord de l’Islande, j’ai décidé de rester dans cette zone pour le coucher de soleil. J’en ai profité pour étudier comment la lumière allait évoluer dans la soirée. Dans tous les cas, je savais déjà que ça risquait d’être une nuit intense !
La nuit du solstice : le soleil de minuit au-delà du cercle polaire
Ceux qui me connaissent savent déjà que dormir c’est optionnel en voyage, mais alors là c’était vraiment impensable. Je suis restée en Islande deux mois, donc le rythme a bien entendu été plus lent que d’habitude, mais impossible de dormir avec cette lumière incroyable. Et puis je n’avais pas réservé d’emplacement au camping de Grímsey, comme ça c’était réglé d’avance, pas de repos.
Au solstice d’été, le 21 juin, Grímsey est l’un des rares endroits habités au monde où le soleil ne se couche absolument pas. Il frôle juste l’horizon au nord, rebondit légèrement, et remonte. Il n’y a pas de nuit, pas même un crépuscule vraiment sombre, juste une lumière orange et dorée qui s’étire sur des heures, change de direction, éclaire les falaises, transforme la mer en cuivre et enveloppe les macareux de couleurs dorées.



J’ai passé la nuit à photographier les macareux et à courir partout. Les photos que j’ai créées cette nuit sont parmi mes préférées de ce voyage, si ce n’est de cette année. J’étais quasiment seule sur les falaises toute la nuit, les autres touristes sont repartis avec le ferry de 17h ou partis dormir. Les oiseaux sont restés actifs toute la nuit, donc impossible pour moi d’aller me coucher devant ce genre de spectacle.




Au moment où le soleil effleurait l’horizon, la pluie a commencé à tomber, créant un arc-en-ciel géant qui a duré une bonne heure. J’ai réussi à faire un panorama de l’île entière avec l’arc-en-ciel, et quelques photos avec les macareux.




Jour 2 : le retour en ferry
C’est des étoiles plein les yeux et la carte SD remplie que j’ai commencé à redescendre au port. La pluie a s’est mise à retomber donc je me suis réfugiée dans un affût en bois près d’une mare. J’ai somnolé quelques heures, déchargé et édité quelques photos avant de capituler et fermer les yeux pour de bon. Ce sont les cris des oiseaux et les grognements de mon ventre qui m’ont réveillée. Le sandwich de la veille est bien loin 😂

Je suis allée me payer un chocolat chaud sous une pluie battante au petit café qui fait aussi boutique de souvenirs. J’en ai profité pour récupérer acheter un certificat du Cercle Polaire : il atteste que vous avez franchi la latitude 66°33’Nord. C’est un joli souvenir, il coûte 1400ISK (9,70€). Il va aller rejoindre celui de ma traversée de l’équateur dans le Golfe d’Aden en 2019.
👉 Je m’étais dit que j’allais aller manger un bout au seul restaurant de l’île, sauf que… J’ai découvert une fois devant le menu qu’ils servent du macareux. Non seulement c’est une espèce vulnérable (inscrite sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature), mais je trouve ça complètement écoeurant et hypocrite d’axer le tourisme sur l’observation et la protection des oiseaux et d’en servir au restaurant. Autant j’entends que les islandais se nourrissaient de ce qu’il y avait à disposition plusieurs décennies en arrière, mais à l’heure actuelle ce n’est plus une nécessité. Je vous invite à éviter ce genre d’attrape-touristes en Islande (idem pour les restaurants qui servent de la baleine).
J’ai donc mangé mon dernier sandwich sur le port, avant de retourner voir les macareux une dernière fois. La prochaine fois que je les verrai sera dans le sud, vers Dyrhólaey, une toute autre ambiance et paysage. J’ai rejoint le ferry, puis ai entamé la traversée retour. Il y avait beaucoup moins de houle qu’à l’aller, ce qui m’a permis de finir ma nuit tranquillement. La traversée retour donne une autre perspective sur l’île. On la regarde s’éloigner, les falaises rapetissent, les oiseaux continuent leur ballet, complètement indifférents à notre départ.
Conseils photo pour Grímsey
Il n’y a pas que les macareux en juin sur les falaises : vous trouverez des guillemots de Troïl, des pingouins torda, des fulmars boréaux, des sternes arctiques et des mouettes tridactyles. Attention aux sternes, elles attaquent si vous passez trop près de leurs nids. Prévoyez des jumelles pour observer les oiseaux en action (ceux en train de couver ou donner la becquée aux petits). Je n’en avais pas et ça ne m’a pas manqué non plus de manière dramatique car j’avais mon 70-200mm, mais je sais que certaines personnes préfèrent l’observation aux jumelles. À refaire, j’en amènerais juste pour le plaisir de les observer d’encore plus près.
Conseils photo
☀️ Lumière : autour du solstice d’été, la lumière est dorée pratiquement toute la nuit. De 23h à 4h du matin, c’est la lumière la plus incroyable que j’ai vue ! Le soleil reste proche de l’horizon et éclaire les oiseaux par en dessous, ce qui crée des couleurs spectaculaires.
🐧 Macareux : il y a beaucoup moins de monde qu’à Dyrhólaey ou Borgarfjörður Eystri, vous pouvez vous installer et attendre tranquillement. Un 70-200mm couvre la plupart des situations, j’aurais aimé avoir un 180-600 pour faire des portraits très serrés.
🪶 Oiseaux en vol : si vous voulez capturer les macareux en vol, sachez qu’ils battent des ailes extrêmement vite et qu’il faudra utiliser une vitesse d’obturation minimum de 1/4000s. Pensez à régler votre boîtier en mode rafale. Les macareux font des aller-retours entre la mer pour pêcher et leur terrier pour nourrir les petits, et ils reviennent systématiquement par les mêmes couloirs aériens. Donc si vous vous positionnez et suivez les oiseaux, vous pourrez avoir de belles scènes en vol.
🏔️ Les falaises elles-mêmes : les falaises de Borgir et Stuðlaberg sont très intéressantes, avec des colonnes basaltiques hexagonales, donc embarquez aussi un grand angle (14-24mm) et une focale type 24-70mm. Je n’ai pas pu y aller cette fois-ci mais j’en ai vu des photos et ça a l’air magnifique.
👉 Si vous prévoyez de photographier les macareux sur place, mon article sur comment photographier les macareux vous donnera tous les réglages et conseils éthiques que vous devez connaître. Dans cet article, vous trouvez des conseils pour améliorer vos photos.



J’espère que cet article récit vous aura plu, j’en ai d’autres en cours d’écriture (dont un sur mon expédition dans la réserve des renards polaires d’Hornstrandir). J’espère aussi que ça vous donnera envie de découvrir Grímsey ! C’est le genre d’endroit qui laisse une sacrée impression, pas parce qu’il est spectaculaire ou démesuré, mais parce qu’il est vraiment authentique. Très honnêtement, je suis triste de quitter cette île, mais contente d’y être allée. Je suis très satisfaite des photos que j’ai pu capturer et j’ai hâte de revenir !
Bon voyage en Islande,
Marie


